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La Dent-de-Vaulion vaut bien un pèlerinage PDF Imprimer Email
MONDAY, 26 JULY 2004 01:00
24 Heures 25 juillet 2004

Du lac de Joux à Vallorbe en passant par le sommet de la Dent, un grand classique de la balade estivale qui vaut largement le déplacement. Faut-il encore vanter le panorama qu'on a de la cime qui veille sur la Vallée?

Du sommet de la Dent-de-Vaulion, coup d'?il en direction du nord-est, vers le Suchet, la chaîne jurassienne jusqu'au Chasseral et le lac de Neuchâtel. Relié à Vallorbe par le chemin de fer depuis 1886, Le Pont fut, au début du XXe siècle, une station de vacances chic, et son Grand Hôtel, équipé de tout le luxe moderne pour l'époque (électricité, eau courante chaude et froide dans toutes les chambres), lui valut le surnom de «Montreux du Jura». Un siècle plus tard, le village a certes perdu de sa superbe, mais conserve de beaux restes, dont bien entendu cette situation abritée à l'extrémité du lac de Joux, et un charme romantique dû à cette longue promenade au-dessus de la rive. C'est par là, étant partis de la gare, que nous entamons cette balade, l'un des grands classiques parmi les buts de course d'école des élèves vaudois. L'itinéraire est d'ailleurs bien balisé par les flèches jaunes du Tourisme pédestre. Devant nous, le lac dessine une belle courbe où scintillent les reflets du soleil matinal; à quelques brasses du rivage, un pêcheur rentre au port, passant devant un Pégase de béton: la quiétude de la vallée de Joux n'est pas qu'un vain mot.

On longe donc la rive jusqu'à la hauteur de la laiterie: «Dent-de-Vaulion, 1 heure 30», indique la flèche jaune. Optimiste? Pas vraiment, puisque même en s'arrêtant tous les dix pas pour prendre une photo ou se retourner afin d'admirer le paysage, c'est exactement le temps que nous avons mis. On commence par grimper un sentier sous les arbres, pour rejoindre la petite route qui débouche ensuite sur le pâturage de la Sagne-Vuagnard (signalons qu'à droite un chemin permet de rejoindre les rochers de l'Aouille, cette colline qui surplombe Le Pont, et d'où l'on a un beau coup d'?il sur le village). On continue sur la route environ 300 mètres jusqu'à ce qu'un sentier nous invite à monter dans le pâturage sur la droite. Sur la droite, un bosquet touffu confirme que nous sommes bien dans une sagne, une de ces prairies marécageuses où s'accumule l'eau de pluie et dont le Jura est truffé, donnant leur nom à de nombreux lieux-dits et localités.

Plus haut, on rejoint une petite route et la bifurcation du chemin vers les cols de Pétra-Félix et du Mollendruz. Mais nous continuons sur la gauche vers la Dent, sur une petite route ombragée, jusqu'au chalet de la Petite-Dent-Dessous. C'est la fin du ruban de goudron: au-dessus de nos têtes, une belle série de lacets marque le début de la vraie montée, dans un pâturage bien pentu. Mais c'est aussi depuis là que, derrière nous, le paysage sur la Vallée commence à se dégager. Et lorsqu'on rejoint le chalet de la Petite-Dent-Dessus, où se côtoient vaches et chèvres, la carte postale est déjà complète, avec à gauche le Mont-Tendre, au centre la Vallée jusqu'au Brassus et à droite les forêts du Risoud.

Dix minutes de grimpée encore et l'on débouche sur la terrasse du chalet de la Dent, restaurant d'alpage dont la réputation n'est plus à faire. Il faut une autre dizaine de minutes pour rejoindre le sommet et dérouler, cette fois, le panorama à 360 degrés. Du Suchet, au nord-est, au Léman, au sud, en passant par le lac de Neuchâtel et la plaine de l'Orbe, le paysage qu'aurait aimé admirer Goethe (voir encadré) se déploie. En bas, lové bien à l'abri dans son vallon, c'est Vaulion, le village qui a donné son nom au pic qui le domine. Et, pour les sommets alpins en ...itz ou en ...horn qui ont tant émerveillé le grand écrivain allemand, une table panoramique est là, prête à venir à notre aide les jours où l'horizon est bien dégagé... De l'autre côté, vertigineux, le regard plonge au nord vers Vallorbe. Presque sous nos pieds, le chalet du Mont-d'Orzeires, bien connu pour son Juraparc peuplé de loups, d'ours et de bisons, fait une tache claire au milieu du vert foncé des sapins qui couvrent les collines jusqu'à perte de vue.

Sur la crête, notre chemin continue tout droit. Une courte descente, assez raide, sur des roches affleurantes parfois glissantes, nous emmène vers un sentier en forêt, doux sous la semelle, au milieu des fougères. On parcourt ensuite un long pâturage avant de descendre sur la droite chercher un autre chemin en direction du chalet de la Mâche. On suit brièvement la petite route, surplombant le hameau des Frêtes, jusqu'au croisement du lieu dit Sur-le-Voué, où une belle borne en pierre nous indique la direction de Vallorbe. Un sentier plonge en effet dans le bois, jusqu'au Golet, le charmant et minuscule refuge du Pré-du-Creux, bichonné par quelques amoureux du coin. Ensuite, le chemin se fait plus large, jusqu'à rejoindre la maison des Grands-Crêts et le passage à niveau sur la voie Vallorbe - Le Pont. De là, il n'y a plus qu'à suivre la petite route dans le bois. On en sort avant de descendre vers la rive de l'Orbe, que l'on traverse grâce à une passerelle, non loin de la patinoire et de la piscine de Vallorbe. La gare étant située sur les hauteurs, de l'autre côté de la ville, il faut encore un petit quart d'heure pour rejoindre le terme de notre balade.

Texte et photos: Gilles Simond

Quand Goethe grimpait à la Dent-de-Vaulion

Il est amusant de monter à la Dent-de-Vaulion en songeant que l'homme dont le nom est devenu l'emblème de la langue allemande en a fait de même. Et de comparer le récit qu'il en a fait avec sa propre balade. Lorsque Johann Wolfgang von Goethe découvrit la vallée de Joux, il n'était pas encore le vénérable monument qu'il est devenu (on trouve aujourd'hui 144 Instituts Goethe, les centres culturels allemands, autour du globe). Mais en octobre 1779, à 30 ans, lorsqu'il arrive au Pont, il est déjà un écrivain célèbre, le plus lu d'Allemagne depuis la publication des Souffrances du jeune Werther cinq ans plus tôt. Installé à la cour de Weimar depuis 1775, il voyage en compagnie de son mécène, le prince Charles-Auguste de Saxe-Weimar, venant de Bâle et allant vers Genève, puis la Haute-Savoie et le Valais, pensant aller en Italie par la Furka et le Saint-Gothard.

A la Vallée, Goethe se réjouit de constater que «les gens sont instruits et de bonnes m?urs»*, qu'on «voit partout régner le travail, l'activité et l'aisance»*. Il loue «les belles routes, dont l'Etat de Berne prend soin»*. Le 25 octobre au matin, la petite troupe à cheval venant du Brassus se rend au Pont en passant par Le Lieu. «Nous prîmes un guide pour nous conduire à la Dent. (...) Peu à peu nous avons dominé toute la vallée.»* Arrivé au sommet, Goethe est ébahi par le spectacle: «Les hautes chaînes de montagnes étaient seules visibles sous un ciel pur et serein; toutes les contrées inférieures étaient couvertes d'une mer de vapeurs blanches, qui s'étendait depuis Genève jusqu'au nord à l'horizon et brillait au soleil. De cette mer s'élevait à l'orient, nettement dessinée, toute la chaîne de montagnes blanches et des glaciers, sans distinction du nom des peuples et des princes qui croient les posséder, sous l'empire d'un Seigneur unique et grand et sous le regard du soleil qui les colorait d'une belle teinte rose. (...) Nous partîmes à regret. Quelques heures d'attente (le nuage se dissipant d'habitude vers ce temps-là) nous auraient permis de découvrir le bas pays et le lac (réd.: le Léman).»*

Goethe n'aura pas longtemps à attendre pour découvrir le Léman d'en haut: le lendemain, il escalade la Dôle et, les stratus ayant disparu, ses compagnons et lui jouiront d'une vue bien dégagée.

* Extraits de Lettres de Suisse.

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Photo : Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) fit au total trois voyages en Suisse, entre 1775 et 1797. Keystone

INFOS PRATIQUES

LA DURÉE
- Environ 3 h 30 de marche. Chemins et sentiers de montagne.

S'ORIENTER
- Vallée de Joux Tourisme, Centre sportif, Le Sentier. 021 845 17 77.
- Office du tourisme de Vallorbe. 021 843 25 83.
- Carte pédestre 1:25 000 La vallée de Joux, Ed. MPA.

SE DÉPLACER
- En train: ligne CFF, régional jusqu'au Day, puis Le Day
- Le Pont. Par exemple départ Lausanne 8 h 34, arrivée Le Pont 9 h 25.
- En voiture: autoroute A9 jusqu'à Vallorbe. Au choix, laisser la voiture à la gare de Vallorbe et prendre le train jusqu'au Pont, ou monter au Pont en voiture par le Mont-d'Orzeires et prendre le train en fin de balade pour aller la récupérer. Départs de Vallorbe à 8 h 08, 9 h 08, 10 h 08, 12 h 15, 12 h 48, 14 h 08, 15 h 08, 16 h 08, 17 h 08.

SE RESTAURER
- Chalet de la Dent-de-Vaulion. Fondues, assiettes froides, cornets «double crème». Tlj, mi-mai - fin oct. 021 843 28 36.

Le Pont:
- Café-Restaurant de la Truite. Spécialités de poissons, belle terrasse. Tlj en été, fermé lu en hiver. Chambre double dès 120 fr. 021 841 17 71.
- Café-Restaurant L'Aurore. Fermé lu. 021 841 21 90.
- Café-Restaurant du Lac.Tlj en juillet-août, sinon fermé ma-me. 021 841 12 96.
- Tea-room Sur les Quais. Petite restauration. 021 841 11 30.

Vallorbe:
- Nombreux restaurants.

SAISON IDÉALE
- Juin - octobre

«Voici la pointe qui a fait nommer dent cette sommité, écrivit Goethe. Elle descend à pic, et même elle surplombe un peu.»

«Nous arrivâmes vers le pied de la Dent-de-Vaulion (...). Le village qui se trouve là s'appelle Le Pont.»

«En montant, nous parlâmes de ces vastes contrées (...).»

 

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