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Etienne Krähenbühl, chantre du métal PDF Imprimer Email
TUESDAY, 18 JANUARY 2005 14:20
24 Heures 18 janvier 2005

Agenda 2005 étoffé pour le sculpteur de Romainmôtier qui savoure un décollage de carrière mérité. La faute à une recherche passionnée sur les métaux à «mémoire de forme».

La beauté et la force de l'?uvre d'Etienne Krähenbühl tiennent à l'utilisation de ces matériaux dits «superélastiques» qui lui offrent de jouer sur le contraste entre masse et légèreté, fragilité et solidité, souplesse et rigidité. /Flash Press En contrebas de son atelier de Romaimôtier, une sphère géante fait office de terrasse planétaire et assoit sa structure roussie dans un verger détrempé. A 51 ans, Etienne Krähenbühl «s'offre au temps». «Je n'essaie plus de lui résister. Il est même devenu mon premier maître.» Place donc à la rouille qui colore son ?uvre depuis une dizaine d'années et envahit les abords de son atelier, enserre les luminaires, escalade la façade ou prend la forme d'un roseau pour mieux se glisser dans la végétation alentour. Guidé par les bruits de la forge, on s'enfile dans la bâtisse. Au passage du visiteur, c'est le bruissement imperceptible des Fleurs du mal . Le froid de l'hiver a fait s'emmêler les tiges de la sculpture dans un imbroglio chaotique. Avec la chaleur, comme par enchantement, les fleurs redresseront leurs corolles d'obus, éclats d'une guerre que Krähenbühl a ramenés du Liban.

La «mémoire de forme»

Si la rouille est la marque du temps qui passe, les sculptures de Krähenbühl écrivent le temps qu'il fait. Equipé d'une bombe refroidissante et d'un f?hn, il se livre à une démonstration didactique sur un petit cube de métal piqué au bout d'une tige rigide: une giclée de froid et la sculpture se déforme pour retrouver sa position initiale une fois réchauffée. C'est le miracle de la «mémoire de forme», du nom de ces alliages aux propriétés quasi magiques (nickel-titane, cuivre-zinc-aluminium) qui se transforment au contact avec l'extérieur. La beauté et la force de l'?uvre du sculpteur tiennent justement à l'utilisation de ces matériaux dits «superélastiques» qui lui offrent de jouer sur le contraste entre masse et légèreté, fragilité et solidité, vide et plein, souplesse et rigidité et d'apprendre ainsi à «capter les moments d'équilibre et de déséquilibre dans notre propre vie. La matière qui se transforme au contact de l'extérieur a quelque chose de pathétique et de fascinant qui rappelle notre condition humaine.»

On a entreposé dans un coin de l'atelier le prototype de L'insoutenable légèreté du cube . Exposé au Musée des sciences de Barcelone, ce cube de 50 kg perché à plus de 3 mètres de hauteur, tenu en équilibre fragile grâce à 25 fils superélastiques jaillissant d'un socle, s'anime à l'approche des visiteurs. Cette sculpture a consacré une collaboration de plusieurs années entre Etienne Krähenbühl et Rolf Gotthardt, professeur à l'EPFL. La rencontre avec le physicien a été déterminante dans l'évolution du sculpteur. Tout part du concours lancé en 1996 pour la rénovation des façades de l'Uni Dufour, à Genève. Krähenbühl a l'idée d'habiller le bâtiment d'une trame métallique qui changerait de couleur en fonction de la température ambiante. Impossible, rétorque le scientifique qui le rend attentif, par contre, à la possibilité de modifier la forme de certains matériaux grâce à la «mémoire de forme». «On a commencé à travailler ensemble, sans se donner d'échéance, juste pour le plaisir de la recherche et de la réflexion.»

Après Tinguely

Krähenbühl prend donc le pari d'inscrire le mouvement dans ses sculptures. «C'était difficile de venir après Tinguely qui a développé toute une poésie du mouvement. Mais la mémoire de forme me permettait de le faire en explorant un champ complètement nouveau.» En effet, le mouvement des sculptures ne repose plus sur un rouage mécanique, mais sur les propriétés inhérentes aux matériaux qui réagissent au moindre réchauffement, au plus petit souffle de vent. «Ce qui m'intéresse se situe entre le socle des sculptures et l'objet qu'il supporte. C'est là qu'opère le mouvement, qu'il y a le souffle. A l'image de nos propres vies qui se déroulent entre terre et ciel.» Après trente ans de création, l'artiste s'émerveille des possibilités infinies de mises en scène de l'imperceptible. Et les chorégraphies de ce bourlingueur du métal séduisent désormais galeristes et conservateurs étrangers. Au point de noircir son agenda 2005 d'une série d'expos et de voyages prévus entre Zurich et San Francisco, par le Castrum d'Yverdon.

VALERIE MAIRE

Les expos 2005 d'E. Krähenbühl

  • Janvier: Bologne, Arte Fiera du 27 au 30
  • Février: Madrid, Arco du 10 au 14
  • Mars-avril: San Francisco, Swissnex du 23 mars au 19 avril
  • Juin- juillet: Bonstetten (ZH), galerie Elfi Bohrer du 4 juin au 13 juillet
  • Août: Yverdon-les-Bains, Castrum 2005 du 18 au 20
  • Septembre-octobre: Lille, Maison Folie du 9 sept. au 2 oct. 
  • Octobre Barcelone, Galerie Joan Gaspar.

Le site d'Etienne Krähenbühl

 

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