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FÊTE - A Romainmôtier, le théâtre ressuscite Adélaïde, fondatrice de l'abbatiale PDF Imprimer Email
TUESDAY, 22 OCTOBER 2002 02:23
Le Temps, 14 août 2000 - Alexandre Demidoff

Une centaine de choristes, de comédiens, amateurs et professionnels, jouent «Adélaïde et le prieur» dans la maison des moines et retracent l'histoire d'une merveille architecturale millénaire

Saint-Benoît en aurait eu le souffle coupé. Le sévère bénédictin français du VIIIe siècle, auteur de la fameuse règle de Saint-Benoît qui a longtemps fait régner l'ordre dans les monastères, en appellerait sans doute à tous les saints du ciel: «Ouvrir la vénérable maison des moines de Romainmôtier à des histrions, quelle hérésie!» Douze siècles ont passé et le metteur en scène vaudois Jean Chollet a aujourd'hui de très bonnes raisons de planter décor et acteurs dans l'ancienne demeure monacale. A l'occasion du millième anniversaire de l'abbatiale de Romainmôtier, celui qui est aussi directeur du Théâtre du Jorat a choisi de raconter à sa manière les circonstances de sa fondation. Et de rendre hommage à un ange un peu oublié, la comtesse Adélaïde de Bourgogne, qui est à l'origine de cette splendeur architecturale. Adélaïde et le prieur, texte signé de Jean Chollet lui-même, réunit ainsi une centaine d'acteurs, amateurs et professionnels, et choristes pour une commémoration théâtrale sans flonflon et plutôt joyeuse.

Le chapitre d'histoire au théâtre est un genre difficile. Trop de costumes d'époque risquent de faire toc. Et trop de propos doctes peuvent refroidir les plus enthousiastes et gâcher l'esprit d'une fête qui se veut populaire. Jean Chollet s'est arrangé pour éviter ce double piège. Il a commencé par s'assurer du soutien de la population de Romainmôtier. Au mois de janvier dernier, il a adressé un courrier aux 400 habitants du village, leur annonçant son projet et les invitant à le rejoindre. «Les réactions ont dans un premier temps été plutôt tièdes, raconte aujourd'hui l'homme de théâtre. Ce n'est qu'au mois de mars, lorsque nous avons tourné au village les premières scènes pour les parties vidéo du spectacle que la population s'est mobilisée. Nous tournions la nuit, dans le froid, et nous avions derrière nous toute une communauté qui nous soutenait.» Ils seront de fait plus d'une centaine à s'inscrire, les uns comme figurants, les autres pour de petits rôles, les autres encore pour chanter dans le ch?ur.

Le c?ur de la population conquis, Jean Chollet se devait encore d'échapper au premier écueil cité: la reconstitution historique scolaire. Son concept? Pas seulement tirer de l'ombre les protagonistes de l'histoire, Adélaïde et le prieur, envoyé par l'abbaye de Cluny alors toute-puissante pour diriger les travaux. Mais aussi refaire à grands coups de ciseau ? c'est-à-dire sans s'embarrasser de détails ? l'histoire du lieu et les tribulations de ses occupants à travers les époques. Ces bonds dans le temps deviennent sous la plume du dramaturge les visions d'Adélaïde, qui demande à Dieu de lui révéler l'avenir de son grand-?uvre. Sous les poutres de la maison des moines, quatre séquences vidéo, jouées par une pléiade d'acteurs chevronnés (Jean Bruno, Pierre Arbel, Daniel Vouillamoz, André Neury notamment), donnent la clé de ces drôles de songes.

Le spectacle à présent. Sur les planches de Romainmôtier, Adélaïde et le prieur a d'abord la minutie d'un tableau d'époque. Au fond d'une abbaye en construction, un moine sur son échelle semble figé dans une éternité de théâtre, deux autres en contrebas déplient un plan, tandis qu'à main droite un bûcheron pétrifié s'apprête à tailler sec dans sa bûche. Un trio musical formé de Michel Baud, maître d'?uvre de la partie musicale du spectacle et luthiste (il dirige aussi le ch?ur), d'Elodie Hautier à la harpe et de Rachel Clair à la flûte dégèle le tableau. Et voilà que le passé s'anime, que la vie reprend ses droits, à grands coups de marteau et de hache. On est en 928, Adélaïde (la jeune Evelyne Bouvier) rêve à haute voix et le prieur (Nicolas Rinuy, à l'aise en gardien du dogme soucieux de justice) indique la voie à suivre. Plus tard, on verra sur l'écran les moines de 1302 s'encanailler à la barbe de Saint-Benoît, puis leurs successeurs de 1536 courber l'échine sous le joug des réformateurs bernois, et encore des paysans faire leur révolution sur le dos du baron de Gingins, qui avait eu la mauvaise idée de rétablir la dîme vers 1801. On verra aussi Adélaïde en robe moyenâgeuse parachutée en l'an de grâce 2000, aux portes de l'abbatiale, pour le bonheur d'un groupe de touristes anglais.

Cette traversée du millénaire se fait d'un pas leste, avec quelques chagrins et des intermèdes musicaux qui donnent à l'ensemble son âme. L'histoire s'achève d'ailleurs par un Te Deum. De quoi apaiser Saint-Benoît.

Adélaïde et le prieur, Romainmôtier, Maison des moines, les 17, 18, 19, 20, 25 et 26 août à 20 h 30, sauf di 20 à 18 h (rés. 024/453 14 65).

Le Temps

 

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